« Mon expérience au sein de l’institution psychiatrique », T. A

« J’ai eu deux expériences au sein de deux institutions psychiatriques. La première fois j’y suis allé de moi-même. La seconde fois c’est un membre de ma famille qui m’y a mis. Ce texte a pour but de faire un retour de ces expériences singulières, au sein d’un lieu d’enfermement, vécues par un révolutionnaire du XXIème siècle. Il y a bien des jeunes qui emploient ces termes alors pourquoi s’en priver ? 

Révolutionnaire sur le plan moléculaire, mais pas seulement, aussi car je viens de lire « Les nouveaux ESPACES de liberté » de Negri et Guattari. Donc révolutionnaire dans le sens de se battre pour trouver un travail qui puisse nous enrichir. 

« Seul un immense mouvement de réappropriation du travail, en tant qu’activité libre et créatrice, en tant que transformation des rapports entre les sujets, seul un dévoilement des singularités individuelles et/ou collectives, écrasées, bloquées, dialectisées, par les rythmes de la contrainte, engendrera de nouveaux rapports de désir susceptibles de « retourner » la situation présente. » 

Depuis que j’ai vingt ans j’ai toujours refusé de poursuivre mes études à la fac d’économie car l’idéologie néolibérale me déplaisait. J’ai donc préféré m’autoformer par le biais de mes expériences associatives et entrepreneuriales. S’ajoute à cela, des compléments de formation comme un Brevet Professionnel, une Validation d’Acquis de l’Expérience et les fabriques de sociologie qui allaient plus dans le sens de mes valeurs et qui m’ont permis de me situer dans un environnement professionnel et pédagogique. 

En France mes premières expériences furent précaires mais guidées au départ par mes passions. Ce furent des expériences politiques solides car elles ont mis en jeu différents éléments de créativité, d’engouement collectif mais aussi de nombreuses remises en question. Celles-ci étaient faites dans des lieux qui ne m’appartenaient donc pas, et que nous squattions car nous faisions partie de ces dépossédés, non propriétaires et tributaires d’occupations passagères. Que ce soient les MJC (-Maisons des Jeunes et de la Culture-), les salles de concert, les parkings et les gymnases publics mis à disposition gratuitement. Tout y était négocié en luttant pour les avoir le temps d’un week-end, d’une journée, d’une semaine et quelques rares fois pour de long mois carnavalesques pour l’événement le plus réussit. Même la presse nous la squattions. Nous étions un peu des gitans qui essayaient de s’intégrer à l’espace public privatisé par certains. De cette première expérience durant laquelle je n’ai jamais eu un seul contrat de travail, j’ai appris à gérer les dépenses et les recettes ainsi que la communauté de manière collective. Il m’aura fallu beaucoup de temps et de moments de réflexions en collectif et en individuel pour mettre les bons mots sur ces actions : luttes de dépossédés. 

Chaque micro tendu était, à l’époque, une manière d’exprimer nos existences de minoritaire. En tout, plus d’une participation à 30 événements dans trois départements limitrophes et de nombreuses dates à travers la France qui ont favorisé à ce que des gens se côtoient, que des amitiés se soudent, que des talents se découvrent et que plusieurs autres prennent le relais. Lancer un mouvement, il fallait le faire quand même… 

S’en est suivi de plusieurs petits boulots et contrats précaires, jusqu’au jour où j’ai entrepris de traverser la frontière pour aller voir si l’herbe y était plus verte ailleurs. En effet, elle l’a été ! 

Premier CDI signé à 31 ans, dans un autre pays que le siens, à plus de 600 km de son chez soi. Enfin un peu de sédentarité dans le travail, bien que mon expérience nomade me poursuivra dans mon style de vie en Van pour ne pas payer un loyer exorbitant et pour pouvoir profiter un peu d’un lieu stable dans lequel insuffler un moment pédagogique fort. Enfin, son chez soi, c’est presque une blague ! 

J’ai beaucoup plus déménagé que ressenti un chez moi. Enfin ça vaut le détour un métier qui plaît, mais ça laisse tout de même des expériences d’enfermement. 

On a tous nos problèmes, mais mon changement moléculaire s’est accompagné de nombreux conflits avec des proches qui ont abouti à ma première expérience dans un hôpital psychiatrique. 

J’ai fait une espèce de voyage cosmique, une espèce de transe ou je continuais mes expériences pédagogiques mais en totale liberté, sans contrainte institutionnelle. Ce voyage me conduisit par mes propres soins chez un médecin, puis aux urgences. Aux urgences, ne surtout pas hausser trop le ton sinon vous vous retrouverez comme moi attaché et sous cachetons qui me paralysèrent la bouche durant deux jours. Tout ça bien-sûr sans avoir le droit d’appeler un proche à moi qui aurait peut-être pu m’aider à mieux vivre cette situation. Après une nuit aux urgences, les infirmiers me proposèrent d’aller « me reposer » dans un hôpital psychiatrique. Pouvais-je refuser dans l’état dans lequel j’étais ? Bien-sûr que non ! 

J’arrivais donc dans un hôpital où les patients m’accueillirent avec bienveillance. Heureusement qu’ils y en avaient qui faisaient gaffe aux autres. C’est surtout grâce à la force du collectif de psychiatrisés que j’ai su que comme j’étais venu de moi-même, je pouvais sortir à ma demande. Beaucoup de rencontre durant ces deux jours d’enfermement. J’y ai su que l’hôpital pouvait garder des personnes ayant été interdites de territoire. J’ai appris à faire semblant d’avaler des cachetons dont je ne savais pas les effets. Vous comprendrez que ceux qui m’avaient bloqué la bouche ont suffi à me remettre de mon délire. Car il fallait être éveillé pour ne pas souffrir encore plus. J’y ai fait des sessions freestyle avec certains, des partis de ping-pong avec d’autres, fumer de gros pétards en scred, vu des situations de délire aussi. Rencontré des gens très intelligents, de classes sociales différentes, de genres différents. J’ai vu qu’à la différence de ce que peuvent dire certains journalistes critiques de cultures urbaines, des gens de quartiers populaires y font de longs séjours également. De très très longs pour certains qui y finissent comme des légumes du fait des doses de cheval qu’on leur administre. 

Enfin j’ai fini par négocier ma sortie, en disant que j’avais vécu un épisode artistique fort ou je créais des situations dans l’espace public. En ne manquant pas de partager aux psychiatres mes connaissances sur des psychanalystes comme Félix Guattari. Connaissances qui me permettaient d’échanger avec eux sur les méfaits de leur institution, que ça soit sur le plan de l’architecture des lieux, ou du manque de prise en charge artistique par le personnel de l’établissement. 

Ma deuxième expérience fut plus longue car elle dura un peu plus d’un mois. Cette fois-là mon errance artistique fut beaucoup plus intense. Elle dura cinq jours ou j’allais de villes en villes diffuser ma révolte. De Besançon à la Seine St Denis, d’Aix en Provence à Montpellier, de gare en gare, d’auto-stoppeur à l’accueil de certaine personne chez elle, d’aéroport à des squat improvisés dans des hôtels de luxes. Bref l’aventure fut belle et bonne. 

Mon hospitalisation se déroula sous les yeux d’une infirmière au CMP (centre médico-psychologique) qui me « suit » encore aujourd’hui alors qu’elle a bien moins de connaissance dans la psychanalyse institutionnelle et dans l’art-thérapie que moi ! Où est la logique ! Les psychiatrisés sont-ils mieux formés aujourd’hui que ceux qui sont sensés les soigner !? Catastrophe ! L’institution psychiatrique est-elle en train de tomber elle aussi ? 

Je fus conduit à l’hôpital en taxi ! La classe. Arrivé là-bas, et étant dans le service adulte, je tombais à la table de psychiatrisés que je trouvais bien endormis. Ceci m’énerva et lors d’une discussion avec le médecin je lui dis un peu trop fort que je pouvais m’énerver contre certains patients si on me laissait encore manger en face d’eux. Chose que je n’aurais jamais dû dire car cela me valut une semaine à l’isolement enfermé dans une chambre comme un prisonnier. Avec une seule sonnette pour appeler les infirmiers qui ne venaient même pas toujours me voir. C’est la solitude qu’il faut affronter dans ces moments-là. Pour trouver des occupations je cassais la manette des rideaux avec laquelle je construisais un arc non pas parce que j’étais original mais pour ne pas devenir plus fou que je ne l’étais. Je lisais aussi tous les mots gravés sur les murs de nombreux patients qui avaient dû être enfermés avant moi dans cette chambre. Le jour de la fin de mon isolement, je ne manquais pas après m’être fait quelques potes de psychiatrisés, de m’échapper de l’institution. J’escaladais donc le grillage et je me rendais à la sortie de l’hôpital en scred. J’allais en stop d’Uzès à Montpellier. Bref je continuais ma grande balade artistique situationniste en rencontrant de nouvelles subjectivités à qui, au passage, je grattais quelques sous pour manger. Arrivé à Montpellier, j’allais y voir des potes dans notre hangar favori. Je couchais chez l’un d’eux et après discussion avec lui je me disais que j’allais retourner à l’hôpital de moi-même le lendemain. Celui-ci m’amena à l’hôpital de Montpellier où je me fis ramener en taxi une nouvelle fois à Uzès. Une fois revenu, je ne manquais pas de me faire pleins de copains psychiatrisés qui avaient su pour ma fugue. Après on ne m’enferma plus jamais car j’avais dit aux médecins que cette réaction était dû à mon enfermement. J’avais aussi changé de secteur. J’étais dans le secteur jeune. Oui en psychiatrie on est souvent mené d’un service à l’autre sans savoir pourquoi. Les infirmiers te font signer des papiers pour te faire gober des médicaments légalement. Les fois où j’ai lu ces papiers je ne comprenais que dalle à ce qu’on allait m’administrer. Tous les matins rendez-vous à 8h pétante pour ta petite gélule à la queuleuleu avec tes amis psychiatrisés. S’en suivent pas mal d’actions de ma part pour réagir à mon enfermement. Poèmes écrits sur les tableaux qui descendaient l’institution psychiatrique, collage de journaux appelant à la révolte, vol en compagnie d’œuvre d’art, tagage au dentifrice dans ma chambre…  

Mais aussi beaucoup de discussions intéressantes entre psychiatrisés, des écoutes de musique en groupe, matage de télé, jeux de société…Les journées sont longues à l’hôpital et tu n’as droit qu’à quelques sorties quand ton état est considéré comme stabilisé à l’abilifail. Ce mois-là il n’y a qu’une infirmière qui se donna le droit de nous faire un atelier d’écriture. Le bagne ! J’ai eu un jour une prise de bec avec une infirmière qui ne voulais pas que je me lève de ma chaise pour aller chercher de l’eau par moi-même. Le comble de cette institution morte de l’intérieur ! 

La redescende médicamenteuse est dure car elle te fait déprimer à mort et les médecins attendaient cet état de faiblesse de ma part pour me prendre entre quatre yeux à huit contre un et me dire que j’étais diagnostiqué schizophrène ou bipolaire de type deux. Ils n’étaient pas d’accord entre eux. Mais sans ça le diagnostic était fortement abusé avec du recul aujourd’hui. Cette journée là je l’ai prise comme un châtiment. Impossible de dire quelque chose pour rétorquer car les médicaments m’avait mis chaos et dans une tourmente psychologique extrême. C’est le moment où tu commences à fermer ta gueule car tu te dis qu’il y a que ça qui pourra te faire sortir de ce cauchemar. Je n’aurais jamais dû accepter la piqûre obligatoire qui te met vraiment au plus bas de tes capacités mentales et physiques. Toute mon énergie s’en était retournée et même plus l’envie d’aller faire du sport ou quoi que ce soit. Je suis sorti de l’hôpital dans un état de déprime maximale. Quelle est donc le but de cette institution ? Ne doit-elle pas soigner les gens ? J’ai mis un an et demi à lutter pour changer de traitement dans un premier temps. Passer de la piqûre à l’aripiprazole. La piqûre obligatoire est faite pour que les patients prennent leurs traitements soi-disant. Moi elle me plomba psychiquement et physiquement en me laissant dans un état dépressif. J’ai beaucoup dessiné et marché à ce moment-là pour lutter contre cet état. Un an et demi de grande solitude aussi. Au début mon état ne pouvait pas me permettre de faire mes propres choix par rapport au médecin. Un jour, j’ai vu l’infirmière en urgence comme j’étais dans un état de déprime extrême. A la limite du suicide. Elle a prévenu le médecin qui a comme un robot réagit en me donnant encore plus de médicament. Des antidépresseurs, antidépresseurs que je n’ai pris qu’au début. Ce fut ma première révolte. Puis j’ai décidé de ne plus prendre la piqûre. J’ai raté mon rdv exprès et j’ai attendu que le CMP m’appelle pour leur dire que je voulais absolument changer de traitement. Première victoire. Le médecin m’a d’abord prescrit 20mg de l’aripiprazole. Dose que je me suis permis de réduire le deuxième jour au vu des effets. Pendant quelques mois j’ai baissé à 10mg, puis à 5mg et aujourd’hui je ne suis qu’à 2,5mg. A cause de ces traitements j’ai eu des problèmes gastriques et j’ai eu aussi des hémorroïdes. Re-sociabiliser avec les amis a été une longue route, ainsi que de retrouver ma confiance en moi afin de continuer ma lutte pour avoir un travail. 

Ce texte existe aussi pour dire que même si ces expériences ont été difficiles, n’en demeure pas moins qu’elles furent enrichissantes pour la lutte. Elles m’ont fait prendre conscience que j’avais beaucoup plus de légitimité pour parler des vrais besoins des psychiatrisés que les médecins qui ne sont même pas capables pour la majorité de tester les traitements sur eux-mêmes. 

Moi aujourd’hui j’ai ces expériences et j’en connais les effets. Avec mes connaissances en psychothérapie institutionnelle et en art-thérapie par le biais de mes auto-apprentissages, cela me permet d’ouvrir ma ganache. J’ai deux interrogations qui me viennent. Comment faire quand, son entourage ont un rapport assez proche de l’institution psychiatrique, leur faire ressentir que rien n’y est fait pour vraiment soigner les gens ? Et comment faire pour collectiviser nos expériences par rapport à cette institution pour la changer ou la réinventer ? Il n’y a pas que la gestion des entreprises qui doivent être reprises par les ouvriers mais aussi la gestion des hôpitaux par les usagers EUX-MÊMES. Pour une révolte des FOUS !! Et pour tous ces infirmiers, médecins, psychologues et autres professionnels du soin qui voudraient être de notre côté, pensez déjà à lutter pour vos conditions de travail. Afin que vous puissiez travailler dans de meilleures conditions et prodiguer des soins dans le respect des libertés des patients ! Après, seulement, nous pourrons discuter !! »

T. A – pour aller plus loin : intermittent-du-skatepark.com

Portrait de Carlos León

Comme Carlos León, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Ce qui m’inspire actuellement est mon travail comme formateur en Open Dialogue.

J’aspire à ce que les choses changent, dans plus de compréhension de l’humain qui a des difficultés psychiques.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

J’aime mon métier car je rencontre des gens fascinants, passionnants, pleins de vie et de ressources.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Le monde de la santé mentale, plus ça change, plus c’est la même chose.

Avec diverses personnes en France, au Canada, en Suisse (j’habite à Genève) nous construisons pas à pas un réseau de ressources alternatives, innovantes. 

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

La vraie folie est la guerre, la violence, le pillage, l’abus organisé. On ne peut en tirer aucun bénéfice.

La souffrance humaine, les difficultés psychiques sont autre chose. C’est notre sensibilité qui est touchée.

La vision positive est de voir les combats que chaque personne mène pour réactiver ces ressources dans des contextes difficiles.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Les ministres et la politique ! Je lui demanderai de laisser faire les collectivités, de ne pas toucher les initiatives locales, citoyennes, de ne pas imposer des programmes type et considérer la différence de chaque personne.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître ?

odformation.org/

dialogueformation.com/

do-ge.ch/ 

https://www.rrasmq.com/

https://u-p-asso.fr/

https://www.lesinvitesaufestin.fr/

Fréquence Julie, un film de Mia Mia

« Le documentaire de Mia Ma est un pur chef-d’oeuvre, elle ose l’exercice difficile de suivre une amie pendant 5 ans en démarrant son documentaire par une hospitalisation dans un hôpital psychiatrique parisien.

À aucun moment à travers le récit de Julie il y a de l’impudeur. Au fil de ce documentaire, Mia Ma abonde en plans serrés sur Julie qui se révèle une actrice de talent. Face à la caméra, outrageusement sédatée, Julie ose se montrer, grossie par les neuroleptiques, fumant clopes sur clopes, triste et dépitée par une situation qu’elle supporte mal puis d’un coup, une grimace elle nous fait les gros yeux, elle nous fait rire! Un moment de grace !

La caméra ne lui fait pas peur, c’est le moyen pour elle de s’exprimer librement avec humour en nous laissant deviner une colère sourde qu’elle ne cherche pas à alimenter. C’est l’histoire d’une femme avec un trouble de schizophrénie qui nous déchiffre généreusement ses expériences, sa manière d’agir pour s’auto-soigner et se déconcentrer des voix qui l’a menacent.

Le documentaire avance, Julie demande pardon à Jules, son frère jumeau, pour ses débordements, ses addictions, une scène magnifique assis tous les deux dans un canapé sur fond bleu. Comment ces deux êtres peuvent avoir tant d’humour et de détachement quand on connait leur histoire ?

Puis on entre dans une autre séquence du film, proche de la fin.Julie aborde avec courage les mauvais traitements qu’ils ont endurés elle et son frère dans leur première famille d’accueil. Un placement voulu par une assistante sociale et non par leur mère.

Un sujet tristement actuel, le social, le tabou, le silence et l’impunité d’un criminel. Julie ne comprendra jamais pourquoi cet homme est rendu libre après son jugement?

Comment la parole de deux jeunes adolescents à été invalidée par la justice?. Julie parle de l’amour de son entourage qui l’aide énormément également de la franchise d’un frère qui ne laisse pas de place à la mauvaise foi, à la victimisation.

Julies sort à nouveau elle danse et rencontre un homme, quelques temps plus tard, ils préparent l’appartement pour l’arrivé de leur fils.

Rien de tout cela ne lui était promis. On lui avait dit qu’elle n’aurait jamais d’enfant.

C’est l’histoire d’une amitié précieuse, d’une confiance réciproque, d’un risque à deux, le rétablissement de Julie n’était pas écrit, il y a 5 ans.

Je vous recommande vivement d’aller sur les ondes de « Fréquence Julie ». »

Bénédicte Chenu

Portrait de Diana123

Comme Diana123, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

La complexité humaine m’inspire énormément ! Bien que parfois elle puisse malmener.

J’adore observer et analyser tout ce qui m’entoure pour refaire le monde avec des gens ouverts d’esprit et tolérants.

Ce qui m’inspire, c’est aussi tout le mal qu’on a pu me faire et qui me pousse à en faire quelque chose de positif au contact d’autres personnes qui, malgré elles ou pas, me font du bien.

Le fruit de cette passion se trouve dans les témoignages que je publie sur mon blog audio pour ma chronique sur Radio HS : https://www.mixcloud.com/cara-mel5/

Pour conclure, mes plus grandes inspirations sont des personnes qui ont fait d’une faiblesse une force ! Ce vers quoi j’essaie de tendre aussi !

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

C’est quoi un métier ? Est-ce que c’est celui qui me rapporte de l’argent ?

Je n’aime pas spécialement le métier pour lequel j’ai été formée cependant, j’accorde beaucoup d’importance à l’entreprise ou l’association auprès desquelles je l’exerce.

Le métier qui me passionne c’est celui de bénévole !

Parce que ça m’a beaucoup aidé à me construire personnellement en plus de contribuer à faire du bien aux autres et à l’environnement en général. C’est pour cette raison que je valorise mes missions bénévoles autant que mes expériences salariales !

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

La représentation qu’en a fait la société moderne est exagérée notamment dans les films alors que ce sont des figures de sages, d’oracles ou guérisseurs dans des sociétés « plus primitives ».

Je trouve que les personnes qu’on considère comme ayant une maladie mentale ont une forme de clairvoyance qui peut s’exprimer avec exagération parfois.

Ce sont des indicateurs de la santé globale de notre société. Comme on leur apprend à s’écouter pour mieux gérer leurs émotions, nous devrions aussi apprendre à écouter les émotions des autres pour mieux agir et non les exclure comme ce qui est le cas actuellement.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

De nouvelles idées, des perceptions non explorées, des pistes de réflexions, un bilan de la santé globale de notre environnement. La folie est un lanceur d’alerte que l’on condamne au silence !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Je ne pense pas l’être un jour car c’est un poste qui n’est pas fait pour des hypersensibles avec une morale et des valeurs sauf si un jour ce Ministère devient indépendant !

Ce que je demanderais au Ministre actuel, c’est :

  • de ne pas inclure ses affaires dans la loi de sécurité globale.
  • qu’il valorise le personnel soignant par une meilleure rémunération et un suivi psychologique d’accompagnement pour mener à bien leur mission si ce n’est pas déjà le cas.
  • donner plus de moyens pour soigner par la parole et le médium d’expression pour diminuer le recours aux médicaments dans la mesure du possible…

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître ?

https://www.association-hypersensibles.fr

« Psychiatrie : Avis de défaillance généralisée » [Libé]

« Recours à la contention, locaux indignes, non-respect des droits des patients… Dans une synthèse de 135 rapports, l’Union des familles et amis de personnes malades ou handicapées psychiques UNAFAM dresse un état des lieux alarmant du secteur en France. «Libé» y a eu accès en exclusivité. »

Il faut brûler l’institution psychiatrique.

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Il faut brûler l’institution psychiatrique.

Et sur ses cendres fumantes, dessiner des lignes pour ne pas oublier et puis semer des graines et en faire des parcs. Des lits où on attache les gens, pour quoi faire ? Autant leur donner un coussin sous un pommier ombragé sur lequel ils puissent y appuyer leur dos. Vous me direz qu’elle a bon dos l’institution, que parfois elle sauve des vies, que parfois elle crée le lien humain qui a été perdu dans la folie mais quand il fera froid dehors et qu’on aura faim et bien, nous les fous, on mangera des pommes (et des vivres on en trouvera à même la terre) et on se chauffera avec des lampes chauffantes comme dans les terrasses des cafés.

On dira qu’à l’époque, comme dans les terrasses à fumeurs, il n’en manquait pas des briquets et qu’il n’en manquait pas des fumeurs pour passer leurs journées à cloper et puis qu’un pyromane est passé par là et a tout brûlé en prévenant tout le monde à l’avance.

Aucun mort, aucun blessé, plus de souffrance, plus de hurlements dans les chambres d’isolement, rien que des cendres et des dessins au sol, des traits blancs sur des cendres noires pour dire l’enfer. L’enfer de l’enfermement psychiatrique et sa pharmacie à psychotropes qui deviendrait soudain herboristerie et même fleuristerie. On y ferait pousser les graines d’une nouvelle liberté thérapeutique sur un fond de musique classique ou de NTM, au choix.

Oui, tout brûler et en musique plutôt que de recycler, réformer, refinancer, et d’enfermer encore et encore les plus fragiles, allumer la mèche et ne garder de cet enfer que la mémoire et la dette morale envers les psychiatrisés.

Schizophrène et menotté

Ce récit n’est qu’un point de vue personnel, le mien, sur la façon dont j’ai été traité voire maltraité. Suite à une bagarre intrafamiliale, je décide d’appeler la police afin de porter plainte au milieu de la nuit. La police débarque et écoute les versions de chacune des personnes concernées, me demandant au passage si j’avais pris mon traitement.

Le traitement qui me sera réservé me semble indigne, avec le recul, mais voici ce qui s’est passé ce dimanche.

Ils m’emmènent en toute discrétion, menottes en mains, jusqu’au commissariat du 13e arrondissement de Paris où m’attend souriant l’officier-lieutenant qui aime se faire appeler Jolly Joe.

Puis on monte à l’étage voir l’Officier de Police Judiciaire pour recevoir ma plainte.

S’en suit une mise en cellule d’attente, ils me dépouillent de mes affaires et me placent dans une cellule sauf qu’ils oublient au passage de m’informer de mes droits car pour eux ce n’est pas une garde à vue.

Je commence à m’agiter, Jolly Joe en profite pour rassurer mes camarades de garde à vue d’une nuit comme quoi je suis schizophrène, et au bout de quelques heures je repars menotté vers le Centre Médico-Judiciaire de l’Hôtel-Dieu pour une expertise psychiatrique, le tout en roulant à 100 à l’heure dans les rues de Paris, chaque freinage me produisant une douleur atroce aux mains attachées dans le dos.

Arrivés là-bas, les trois officiers de police qui m’ont accompagné sont bien embêtés d’attendre d’autant qu’il est l’heure de déjeuner. Je vois enfin un expert psychiatre qui me demande des trucs relevant du secret médical mais il me laisse entendre que je pourrais souffrir de troubles schizo-affectifs.

Une fois passé entre ces mains expertes, on me remet les menottes et on m’embarque au commissariat du 13e, cette fois en respectant les feux rouges. Et là, je reste menotté dans une autre voiture de la police-urgence en attendant un ordre venu d’en haut du commissaire pour savoir dans quel hôpital me transférer. L’ambiance est détendue, on papote des heures avec les flics en attendant les ordres, le tout avec les poignets menottés et douloureux.

Je change de voiture et on m’emmène à l’IPPP, l’Infirmerie de la Préfecture de Police de Paris. Là, je me montre hyper conciliant pour éviter la contention mécanique une fois défait de mes menottes.

La nuit se passe tranquillement et ils décident de me transférer à Soisy-sur-Seine, l’hôpital de mon secteur situé à 40 km.

Sauf que pour le transfert, ils sont obligés de m’attacher avec une ceinture de contention. Alors quand j’arrive à bon port, je me montre revendicatif cherchant des témoins qui puissent voir la façon dont ils m’ont attaché. Au prétexte de cette agitation soudaine, les infirmiers de Soisy appellent les renforts et me mettent immédiatement en chambre d’isolement et ce, pour quelques jours, une vraie torture psychique. Comme je suis conciliant, ils me laissent sortir au bout de quelques jours mais la question reste entière sur cette façon de traiter le « schizophrène dangereux », que je ne suis pas et qui ne demandait qu’à être entendu et protégé par la police.

Portrait de MoM

Comme MoM, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

De nature spontanée, j’aime vivre!

Tant seule qu’en groupe. J’aime apprendre des autres et enseigner.

Je suis aussi anxieuse et très souvent j’ai besoin de contrôler mon environnement pour me rassurer. Mon entourage me connaît bien et parfois me laisse faire et souvent me pousse dans mes retranchements.

J’aime les activités manuelles, le sport, la nature, je m’émerveille encore de pas grand chose.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis infirmière en psychiatrie depuis 9 ans maintenant. D’abord en pavillon d’entrée puis en hôpital de jour et en résidence thérapeutique.

J’ai choisis cette spécialité pour la qualité du contact humain et le temps.

J’aime mon métier même si nos conditions d’accueil se dégradent.

J’aime les échanges avec les patients et les liens qui se créer.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Elle manque de visibilité. Quand il y en a, c’est pour hurler son outrage sur un événement sans chercher à comprendre.

Je me sens plus en sécurité dans mon établissement que dans la rue!

Je lutte contre les stigmatisations et les représentations, qu’elles soient d’un public peu averti ou des mes paires.

Je lutte pour la reconnaissance des personnes en soins, tant humainement, que somatiquement, que socialement.

Je me questionne tout le temps sur le sens des soins. Sur nos limites et notre toute puissance. J’apprends de toutes les personnes avec qui je travaille, de toutes!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Pour moi, la folie est un concept.

Moi aussi j’ai un grain!

Je dis souvent qu’il n’y a pas de fous, juste des personnes malades et la différence est grande!

Mais sinon la folie demande à s’adapter constamment, de connaitre l’autre, non pas au travers de sa pathologie mais dans son ensemble!

Elle m’a fait avoir des fous rires mémorables, elle a permis de vrai moment de partage, de la joie. J’ai pu y voir de la solidarité, de la confiance et de l’espoir.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ah non! Je ne pense pas qu’on puisse mélanger politique et santé. On l’a déjà vu et ce n’est pas joli joli.

Mais sinon, je lui demanderais de venir me suivre 1 mois. Sans langue de bois. Que ce ministre voit comment on travaille pour de vrai, comment on fait avec la misère humaine, avec des situations de vie horrible.

Ce qu’on vit au quotidien, comment les patients vivent au quotidien.

Comment on fait avec le temps et les injonctions contradictoires.

Que ce ministre soit confronté la vraie vie, je l’emmènerais en visite à domicile où même moi j’ai pas envie y mettre les pieds tellement ça grouille de petites bêtes.

Je lui montrerais combien on s’arrache pour que la personne est une vie décente, pour qu’elle retrouve l’estime de soi.

Que ce ministre redescende dans la réalité.

Et à la fin, je lui demanderais qui est le plus fou : nous ou notre système ?

Portrait de Gaïa

Comme Gaïa, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à une nouvelle psychiatrie, j’ai été internée abusivement plusieurs fois et cela depuis des années mais je suis aussi et avant tout une personne ayant travaillé plus de 10 ans dans l’aide aux personnes et aussi dans l’accompagnement d’adultes autistes et psychotiques dans un foyer de vie où j’y ai découvert un vrai monde adapté pour eux, c’était d’ailleurs à nous de nous adapter.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je n’ai plus de métier.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Ce monde m’a détruite volontairement.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est un bien grand mots, fou pour qui? Fou pourquoi? Fou un jour, fou toujours? Qu’est-ce donc que la folie?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je souhaiterais la destruction totale du milieu psychiatrique je souhaiterais que soient communiqués des chiffres publics sur le taux de mortalité après traitements, que soit rendu public les coûts d’hospitalisation et de traitements, que les psychiatres soit tenus non pas à la stabilisation mais aussi à la guérison des patients, de nouveaux lieux de vie, interdiction immédiate de tout traitement dégradant, mise à l’isolement, manque de soin, surmédication… ouvrons les yeux et les portes des asiles, de nouveaux lieux de vie sont possibles.

L’impasse au bout de la nuit

« Me voilà en train de filmer ma propre mise à l’oubli.

Mais que s’est-il passé pour en arriver à allumer ma caméra dans un lieu de soin psychiatrique (ce qui est interdit) ?

Pas grand chose et à la fois tellement de choses, on sait bien comme ça part au quart de tour dans ce genre de situation. L’objet du litige, un gobelet de calmant versé au sol le dos appuyé sur les portes du service fermé (celui qui a les chambres d’isolement) en guise de sit-in improvisé.

Derrière cette porte, les oubliés de la psychiatrie, ceux que l’on soigne sans leur consentement le temps qu’ils acceptent la sédation imposée.

Car là était le dilemme, sédation ou prédation.

Je ne voulais pas me faire sédater, ce qui m’aurait sûrement évité de re-débouler menottes en mains les portes cette fois-ci ouvertes quelques minutes plus tard pour une mise à l’isolement et piqûre tenu par les policiers. J’écris à une vingtaine de jours d’intervalle, le temps qu’ils ont jugé utile de me garder en me demandant gentiment d’effacer la vidéo de mon éjection de la polyclinique de la rue Wurtz, celle qui deviendra qui le sait mon lieu de soin privilégié pour éviter de finir à l’hôpital des oubliés celui de Soisy en banlieue parisienne.

Car les oubliés, on ne les garde que 72h au centre-ville et on les envoie après validation du juge des libertés au pavillon fermé, celui où ils m’ont tenu 5 jours entiers sans pause ni considération en chambre d’isolement, celle où on te laisse hurler et taper sur la porte comme bon te semble dans la limite de ta santé physique. Car la torture psychique, elle, n’a toujours pas trouvé d’issue et l’impasse reste entière dans ces pavillons de l’oubli qu’on appelle la psychiatrie. »

Joan

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