« Les Maîtres Fous », documentaire de Jean Rouch (1956)

Merci à Amina Chaa pour cet article!

Le film débute par un avertissement de la part du réalisateur. « Sans concession ni dissimulation » La cruauté et la violence de certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité des spectateurs, cependant Jean Rouch souhaitait les faire participer complètement au rituel de possession, qui montre indirectement comment certains africains se représentaient notre civilisation occidentale à l’époque de la colonisation.

« Et en voyant ces visages souriants, en apprenant que ces hommes sont peut être les meilleurs ouvriers de l’équipe des WaterWork, en comparant ces visages avec ces visages horribles de la veille, on ne peut s’empêcher de se demander si ces hommes d’Afrique ne connaissent pas certains remèdes qui leur permettent de ne pas être des anormaux, mais d’être parfaitement intégrés à leur milieu, des remèdes que nous, nous ne connaissons pas encore. » Jean Rouch

Ces quelques mots mènent inévitablement à une reconsidération de ces hommes, eux que l’on pourrait penser fous. Ils sont parvenu à trouver le moyen de vivre, malgré eux, avec les européens. Ils ont su accorder les techniques nouvelles venue bouleverser leur quotidien et les survivances de leur tradition. Ces possessions annuelles leurs permettent, un temps, de sortir de leur état de soumission, de frustration, pour être les seuls maitres, fous ou non, de leurs vies. Ils sortent de la norme, le temps d’une journée, mettant leurs corps et leurs esprits à l’épreuve. Une fois pas ans ces hommes perdent leurs esprits, accueillent en eux les nouveaux Dieux, ce qui leur permet, le reste de l’année, d’être intégré à un milieu qu’on leur impose.

Source : Les Maitres Fous, de Jean Rouch

« Les enchaînés », la santé mentale au Bénin et en Côte d’Ivoire

La St-Camille donne des services psychiatriques contemporains dans ses centres comme solution autre à l’enchaînement aux arbres, à l’exclusion sociale et à l’abandon pour les personnes atteintes de maladie mentale, selon la tradition africaine. Les Amis de la St-Camille développent des réseaux locaux d’entraide et de coopération pour la Côte d’Ivoire et le Bénin.

L’Association Saint-Camille-de-Lellis est une organisation caritative africaine de services pour malades mentaux implantée en Côte d’Ivoire depuis 1991. Depuis 2004, elle en a fait de même au Bénin.

Dans la compréhension africaine, un malade mental est un possédé du démon, il a été ensorcelé. Son délire, son comportement inhabituel, bizarre est ainsi interprété. Tout le monde se tient à distance, personne ne veut le toucher de peur d’être à son tour ensorcelé. En ville, il est errant, démuni et laissé à lui-même ; on s’en éloigne, on l’abandonne à son triste sort. Dans les villages, on l’enchaîne à un arbre à la marge du village et il y restera jusqu’à sa mort.

Par le travail acharné de son fondateur, Grégoire Ahongbonon, entouré d’une équipe qu’il a constituée autour de lui, dix centres opèrent actuellement en Côte d’Ivoire et cinq au Bénin. Le malade est accueilli dans un Centre d’Hébergement, diagnostiqué par un psychiatre, traité et entouré d’intervenants (ex-malades) qui lui assurent un milieu de vie soignant, aimant et revalorisant. Après quelques mois et selon son évolution personnelle, il est dirigé vers un Centre de Travail (ou Réhabilitation) dans la communauté pour y apprendre un métier et débuter son intégration à la vie sociale. Quand il est prêt, il est réintégré ensuite dans sa communauté d’origine (village, quartier). Un réseau externe assure médication et suivi médical dans la communauté. En 2015, on dénombre plus de 60,000 hommes et femmes qui ont profité de cette organisation de soin et qui sont maintenant actifs dans leur communauté. L’Association St-Camille ne compte que sur les dons pour fonctionner : aucune aide financière gouvernementale ne lui est fournie.

(ré)écouter « Être fou, un peu, beaucoup », Tea Time Club du dimanche 16 août 2015 sur France Inter

Pour notre réunion du thé dominicale, on se demande qui sont les excentriques, les décalés, les irrévérencieux, les fantasques, les fous et à partir de quand on le devient, on se demande où on place les limites de la folie, ici et ailleurs.  On va commencer par la folie ordinaire et en deuxième heure, on parlera de cette folie qu’on ne peut plus contrôler, qui peut causer beaucoup de tort et des méthodes qu’on met en place pour soigner ceux qui en souffrent en Argentine, au Bénin, en Tunisie, en Belgique.

Lien: http://www.franceinter.fr/emission-tea-time-club-etre-fou-un-peu-beaucoup

la folie tea time club