Samedi 11 juin, la folie prend les rues de Paris [Mad Pride 2016]

Voilà que la folie se rebelle!

Enfin (!) dirons-nous, elle ose sortir de nos petites têtes et s’affirmer au grand jour pour ce qu’elle est : un enjeu de société et pas l’affaire d’un ou deux illuminés, ni le fond de commerce des laboratoires pharmaceutiques.

La folie en a assez d’être assimilée au fou furieux, à la faiblesse d’esprit, à la perte de raison, à l’inaptitude, à la déficience mentale.
rev olution

La folie nous guette, non pas comme une descente aux enfers si on s’avisait de craquer; la folie nous guette parce que nous ne sommes pas raisonnables par nature, nous avons tous des rêves fous, nous sommes tous avides de liberté.

La liberté du patient en psychiatrie, elle, est souvent bafouée, par des traitements traumatisants à l’hôpital et la mise sous médicaments à vie.
La liberté, ici, c’est d’abord celle de pouvoir se sortir du médical et retrouver le chemin de la vie en société.

La folie a la vie dure: a-social, anti-psychiatrie, anti-psychotique, anti-dépresseur, on traite la folie à coup de antis.

La folie, qu’on est tous en droit de revendiquer, c’est le droit de se lâcher, de danser, de chanter, d’exister socialement et pas juste le droit à la souffrance ou à l’oubli.

La Mad Pride, c’est la folie en marche.

La Mad Pride, c’est ceux qui ne s’arrêtent pas à l’étiquetage entre sains d’esprits et personnes diagnostiquées.La Mad Pride, c’est une marche des (in)désirables, de ceux qui croient pouvoir changer les regards en se rendant visibles et en défilant ensemble dans les rues.

La Mad Pride, c’est une marche tout public où chacun peut exprimer sa folie et tourner en dérision les diktats sociaux et culturels.

Sortir dans la rue c’est aussi lâcher son écran, c’est faire le choix de rencontrer l’autre, c’est choisir la vie sociale et donner envie et espoir aux plus isolés. Car la folie qui fait mal, n’est pas que dans le regards des autres, c’est aussi celle qui enferme en soi-même.

L’esprit Mad Pride c’est ouvrir un terrain d’expression pour la folie. C’est montrer ensemble qu’on peut s’en sortir et mettre en route une transformation de la société.

Nous vous invitons à rejoindre le cortège du samedi 11 juin 2016, départ à 14H de la rue Crozatier, Paris 12e (devant l’Hôpital Saint-Antoine) en direction de la place de la République où se tiendra un débat à l’arrivée (et oui, la folie aussi se met debout)

Déguisés ou pas, venez avec vos slogans, vos pancartes et votre bonne humeur !

Suis-je un parasite? — Insomnies solitaires d’un schizophrène

Quelle place peut-on sérieusement accorder à un type qui n’a que le BEPC, jamais travaillé de sa vie, qui a un trou de sept ans dans le CV et qui est schizophrène, sensible au stress au point de perdre le sommeil pour une proposition de visite aux bords de Loire ?

Oui, vous ça vous paraît peut-être ridicule comme question. Probablement que vous êtes les premiers à vous dire que laisser une personne pareille travailler, c’est courir à la catastrophe pour sa santé, sans compter que c’est manquer de solidarité. […]

via Le parasite néolibéral au cœur de mon âme n’est plus… — Insomnies solitaires d’un schizophrène
Continuer la lecture de « Suis-je un parasite? — Insomnies solitaires d’un schizophrène »

Je ne suis pas une handicapée psychique

   blogschizo

« Une des expressions politiquement correctes, soutenue notamment par les associations de familles, pour parler des personnes avec une maladie mentale, est celle d’handicap psychique.

Je n’aime pas cette expression. J’AI une maladie mentale, mais je ne SUIS pas une handicapée psychique.

Certes, la maladie peut-être handicapante. Mais une maladie est est en perpétuelle évolution et peut même disparaître complètement, dans les périodes de rémissions. Une maladie peut aussi exister sans handicaper, en étant soignée. Elle existe toujours mais n’handicape plus. Continuer la lecture de « Je ne suis pas une handicapée psychique »

Conférence Nationale du Handicap 2016: emploi accompagné

Revivez le magnifique témoignage de Sophie, membre du Clubhouse, (avancer jusqu’à 1H20min de la vidéo) lors de la table ronde sur l’emploi accompagné de la Conférence Nationale du Handicap 2016 au Palais de l’Elysée.

Les journalistes et les maladies psy

   Digressions d’une dépressive chronique

Les journaux adorent les titres qui font sensation sans faire attention à l’image qu’ils donnent des malades atteints de diverses maladies mentales et propagent de fait, ce que l’on appelle la « psychophobie » : la peur des malades atteints de maladie psychiatriques / psychologiques.
On ne le dira jamais assez : une personne ne résume pas à son diagnostique psychiatrique. Quand une personne est atteinte d’un rhume et tue une autre personne, on ne verra jamais un titre de type :

« Atteinte d’un rhume, une femme tue son docteur »

Non, ce sera plutôt du genre :

« Hystérique à l’annonce de son diagnostique, une femme tue son docteur ».

Parce que c’est bien connu, les femmes sont toutes des « hystériques ». Surtout pour les journalistes, et les hommes en général (j’ai dit en général pas tous donc).

Et les maladies psychiatriques sont le Saint Graal des journalistes. Volontairement, je ne mets pas les liens…

Lire la suite. 1 642 mots de plus

GHT, les trois lettres de la discorde

Puisque le patient doit pouvoir se soigner mais participe aussi à soigner l’institution, et puisque l’espace du soin en santé mentale est un lieu qui nous concerne tous en tant que citoyens, usagers ou psychiatres, nous partageons ici une contribution de Virginie sur le sujet des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), intitulée :

Le discours des opposants aux GHT, GHB de l’esprit critique ?

La psychiatrie a besoin de regards extérieurs pour se civiliser. Tout ne peut pas être réglé en interne par nos « bons soignants » (qu’ils soient engagés ou pas dans une démarche de psychothérapie institutionnelle).L’intervention d’autorités étatiques (législateur, police, justice, contrôleur de privation des lieux de liberté, etc.), qui tranchent les questions qui leur sont soumises sur la base des lois communes de la société civile, fait reculer la maltraitance et rappelle que les institutions psychiatriques ne sont pas des zones de hors-droit, que ce soit pour les soignés (droit pénal…) ou les soignants (règles statutaires, droit du travail…).

La psychiatrie fait partie de l’espace public malgré nos particularités de patients. Elle n’est plus considérée par le public, le législateur et les autorités judiciaires comme un domaine qui doit bénéficier d’une autonomie absolue dans sa propre gestion. Tant mieux. Elle a déjà une autonomie très large (les enseignants n’arrêtent pas les programmes scolaires, les juges n’écrivent pas les lois, les parents ne choisissent pas les droits et obligations inhérents à l’exercice de l’autorité parentale, etc.).

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas des moyens pour soigner, une hospitalisation aussi longue que nécessaire mais aussi courte que possible, une stabilité des personnels soignants (donc résorption de l’emploi précaire), etc., mais GHT ou pas la psychiatrie publique doit évoluer.

Et transférer l’hôpital psychiatrique à l’hôpital général s’inscrit dans le même mouvement que de réintégrer les patients de la psychiatrie dans la cité…

Pour compléter le texte de Virginie

Si la loi GHT est intitulée par l’administration publique loi de modernisation de la santé, ses opposants dénoncent l’avancée d’une vision gestionnaire et administrative qui nie la part de relation intersubjective dans le soin et parlent de régression. Cependant leur position n’est pas discordante avec celle de Virginie.

Ici, le docteur Mathieu Bellahsen.

Ils appellent les usagers à les rejoindre pour manifester le mardi 31 mai 2016 de 11h à 15h devant le Ministère de la Santé à Paris.

Le diagnostic psychiatrique : condamnation ou délivrance?

Poser un diagnostic scientifique à partir de l’observation de symptômes est souvent la première étape du soin. La psychiatrie s’évertue à classifier les différentes maladies de l’esprit pour pouvoir les soigner. Cette science offre une réponse rationnelle à ces états de conscience altérés qui peuvent paraître irrationnels. Elle donne ainsi une clé de compréhension à celui qui est diagnostiqué et qui n’a pas compris ce qui lui arrivait. Comprendre est un besoin vital aussi bien pour notre intelligence que pour pouvoir se relever.

« Comprendre le monde pour un homme, c’est le réduire à l’humain, le marquer de son sceau.[…]
Pour un homme sans œillères, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse. »
Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe.

sysiphe

Dès lors, la question qui se pose est celle qui suit la crise et qui se manifeste par un temps d’épreuve dans lequel la personne doit retrouver le chemin de la vie et ne pas sombrer dans la maladie.

Qu’on accepte ou non la maladie, l’important c’est de ne pas rester paralysé par un simple diagnostic.

Le diagnostic peut être vécu comme une condamnation, «vous êtes malade à vie » ou alors comme une délivrance car on sait que c’est une maladie et qu’on peut apprendre des stratégies pour y faire face. Qu’on accepte ou non la maladie, l’important c’est de se relever, de se remettre en mouvement et ne pas rester paralysé par un simple diagnostic. Le diagnostic ne fait pas l’identité d’une personne. Recevoir un diagnostic, c’est aussi recevoir une étiquette, qui socialement sera perçue comme un handicap voire une tare, mais qui reste une représentation de l’esprit que l’on peut subvertir. Déstigmatiser c’est transformer les représentations sociales, c’est un destin personnel qui s’écrit avec d’autres.

« Personne ne naît avec un destin préétabli. Chacun écrit son histoire dans des circonstances non-choisies. A moins qu’on ne renonce à écrire notre histoire, dans ce cas, quelqu’un d’autre l’écrira à notre place. Le mythe de la « condamnation » nous paralyse, nous rend spectateurs de notre propre spectre. Quand il n’y a pas de condamnation (et il n’y en a jamais), alors apparaît l’espace du débat, des options, de l’histoire faite par des êtres humains et donc de la politique. »
Alejandro Grimson (traduction personnelle)

Joan

#73mars Compte-rendu de la commission Psy de Nuit Debout

110270132_o

Commission : Psy, Soins et Accueil
Jeudi 12 Mai 2016, Place de la République, à Paris

Prochain rendez-vous le samedi 21 mai 2016 #82mars :
15h30 réunion de fonctionnement / 18h Assemblée Générale

L’assemblée générale s’ouvre avec un rappel de l’histoire et de la contextualisation de la commission psy, soins, accueil créée il y a un mois et demi contre la loi Touraine qui est dans une logique similaire à la loi El Khomri : destruction du travail, des espaces de soins notamment avec les GHT.

Il est rappelé que la commission tient désormais des permanences tous les jours sur la place sauf exception : météo non favorable et manque de permanenciers. Chacun peut venir s’engager à sa manière et participer à tenir les permanences en binôme. Ces permanences sont des espaces de parole : témoignages de soignant-e-s, de soigné-e-s et de familles : durant la semaine nombreux sont ceux qui viennent nous exposer leur désir de résistance pour une psychiatrie avec une dimension d’accueil.

Afin de poursuivre nos réflexions, nous avons résumé les sujets abordés lors de l’assemblée précédente (3 Mai 2016)

Puis les témoignages se succèdent avec la singularité d’expression de chacun.

Cette assemblée générale a lieu un jour de manifestation contre l’utilisation de l’article 49-3 et du passage de la Loi El Khomri dite Loi travail. Pendant que nous nous réunissons Place de la République, la grande partie de Nuit Debout est en train de faire un sitting devant l’Assemblée Nationale.

C’est donc dans ce contexte que le thème de la psychiatrie et de la justice ouvre le débat.

Un témoignage d’une fonctionnaire insiste sur l’instrumentalisation de la psychiatrie et nous invite à réfléchir sur la manière dont cette spécialité médicale est utilisée par la justice et la police. Le DSM, en lien avec les laboratoires pharmaceutiques, vient soutenir cette démarche de judiciarisation de la psychiatrie.

Du fait de l’instrumentalisation du métier de psychiatre, il est proposé de reprendre le pouvoir et d’accéder aux prises de décisions.

Les agents de police sont eux même exposés à beaucoup de pressions et de souffrance au travail. Il y a un virage où les droits des salariés sont de moins en moins respectés notamment le droit de la dignité au travail. Le travail fait souffrir.

Dans la Loi El Khomri, le rôle du médecin du travail est tout à fait modifié. Alors que celui-ci doit faire le lien entre les conditions de travail et les pathologies des salariés, dans cette loi il n’intervient plus que pour l’embauche… Ce qui est un retour en arrière sans précédent.

Commission psy, soins, accueil et point écoute

Les violences policières pendant les manifestations sont extrêmement fortes. De nombreux manifestantst son en état de choc physique et psychologique avec une symptomatologie similaire au traumatisme. C’est dans ce cadre que l’infirmerie et street médic’ font une demande de créer un point écoute sur la place.

De cette demande ressort une décision de ne pas instituer un point écoute à partir de la commission psy, soins, accueil mais que celle-ci fasse passer le message d’un besoin de personnes à l’infirmerie.

L’interdiction du packing et la contention

Continuer la lecture de « #73mars Compte-rendu de la commission Psy de Nuit Debout »