Le soutien à l’emploi (ou les pratiques de « job coaching ») : une nouvelle stratégie d’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap psychique

Par Bernard Pachoud et Christophe Allemand.

Résumé: Alors que les pratiques traditionnelles de réadaptation au travail et d’aide à la réinsertion font preuve d’une efficacité modeste en termes d’insertion dans l’emploi, en particulier dans un marché de l’emploi tendu, les pratiques dites de « soutien à l’emploi » (supported employment) ou de « job coaching » suscitent l’intérêt en raison de leur bien meilleure efficacité en termes d’accès à l’emploi, selon les résultats convergents de nombreuses études. Elles reposent sur la stratégie du «Place and train», insérer d’abord puis former et soutenir dans le cadre de l’activité de travail, ces différentes tâches étant assurées dans la durée par une même personne, le job coach. À partir des données de la littérature concernant ce type de pratiques, nous nous interrogerons sur les ressorts de son efficacité et les possibilités de sa mise en œuvre en France. Continuer la lecture de « Le soutien à l’emploi (ou les pratiques de « job coaching ») : une nouvelle stratégie d’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap psychique »

« Les enchaînés », la santé mentale au Bénin et en Côte d’Ivoire

La St-Camille donne des services psychiatriques contemporains dans ses centres comme solution autre à l’enchaînement aux arbres, à l’exclusion sociale et à l’abandon pour les personnes atteintes de maladie mentale, selon la tradition africaine. Les Amis de la St-Camille développent des réseaux locaux d’entraide et de coopération pour la Côte d’Ivoire et le Bénin.

L’Association Saint-Camille-de-Lellis est une organisation caritative africaine de services pour malades mentaux implantée en Côte d’Ivoire depuis 1991. Depuis 2004, elle en a fait de même au Bénin.

Dans la compréhension africaine, un malade mental est un possédé du démon, il a été ensorcelé. Son délire, son comportement inhabituel, bizarre est ainsi interprété. Tout le monde se tient à distance, personne ne veut le toucher de peur d’être à son tour ensorcelé. En ville, il est errant, démuni et laissé à lui-même ; on s’en éloigne, on l’abandonne à son triste sort. Dans les villages, on l’enchaîne à un arbre à la marge du village et il y restera jusqu’à sa mort.

Par le travail acharné de son fondateur, Grégoire Ahongbonon, entouré d’une équipe qu’il a constituée autour de lui, dix centres opèrent actuellement en Côte d’Ivoire et cinq au Bénin. Le malade est accueilli dans un Centre d’Hébergement, diagnostiqué par un psychiatre, traité et entouré d’intervenants (ex-malades) qui lui assurent un milieu de vie soignant, aimant et revalorisant. Après quelques mois et selon son évolution personnelle, il est dirigé vers un Centre de Travail (ou Réhabilitation) dans la communauté pour y apprendre un métier et débuter son intégration à la vie sociale. Quand il est prêt, il est réintégré ensuite dans sa communauté d’origine (village, quartier). Un réseau externe assure médication et suivi médical dans la communauté. En 2015, on dénombre plus de 60,000 hommes et femmes qui ont profité de cette organisation de soin et qui sont maintenant actifs dans leur communauté. L’Association St-Camille ne compte que sur les dons pour fonctionner : aucune aide financière gouvernementale ne lui est fournie.

En Italie, des exemples de coopératives sociales et initiatives de réinsertion par le travail

Ouverte à Paris par Caterina Avanza et Ludovica Guerreri, la boutique Ethicando est une vitrine pour des coopératives sociales italiennes qui se battent contre les méfaits des économies criminelles et pour un retour à la « légalité ».
Parmi ces coopératives sociales italiennes, certaines travaillent avec des personnes psychiquement fragiles et participent à leur intégration dans le monde du travail et dans la société:
Pictor et son projet agricole CoseBuonedaMatti, « Città e Salute » à Milan et son atelier d’orfèvrerie Uroburo.

A Milan toujours, le club Itaca créé sur le modèle des clubhouses, il y a 10 ans, propose un programme de réinsertion professionnelle par le télé-travail avec le support d’un tuteur nommé Jobstations.

Voir la vidéo sous-titrée en anglais de Beatrice Bergamasco, présidente de l’association Progetto Itaca.

Les 13 grands principes de la Réhabilitation Psychosociale

Pour Ram A. Cnaan, la Réhabilitation Psychosociale repose d’abord sur deux postulats :

1- Il existe en chaque individu une motivation à développer maîtrise et compétence dans des domaines de la vie qui vont lui permettre de se sentir indépendant et confiant en lui-même.

2- De nouveaux comportements peuvent être appris et les individus sont capables d’y avoir recours et de les adapter pour répondre à leurs besoins de base.

Source: http://www.club-association.ch/rehab/article_16.htm

Les grands principes sont au nombre de 13 :

1er principe : L’utilisation maximale des capacités humaines (Full Human Capacity)

Chaque personne est capable d’améliorer son niveau de fonctionnement. La vie est un processus de croissance et de changement et chaque individu, même sévèrement handicapé, est capable de croissance et de changement. C’est de la responsabilité des professionnels de développer le niveau d’attentes que les patients ont pour eux-mêmes, de les aider à se percevoir comme capable de progrès et de les soutenir dans ce processus de croissance.

Il convient pour cela d’exploiter les forces de la personne, de travailler avec les parties saines de son Moi.

2ème principe : Doter les personnes d’habiletés (Equipping People with Skills)

C’est la présence ou l’absence d’habiletés (sociales et instrumentales), et non la disparition des symptômes cliniques, qui est le facteur déterminant dans le succès de la réhabilitation. Apprendre ou réapprendre les habiletés élémentaires pour agir dans un environnement social, vivre de façon indépendante, garder un emploi, etc, vont être les objectifs du traitement. Les difficultés sont dès lors appréhendées sous l’angle comportemental, en terme de déficits ou d’excès comportementaux.

3ème principe : L’auto-détermination (Self-Determination)

Les personnes ont le droit et la capacité de participer à la prise de décisions concernant leur vie. Il ne s’agit donc pas de faire les choses dans le meilleur intérêt de la personne, mais de lui permettre de prendre ses décisions et d’apprendre au travers des conséquences de ses choix.

L’auto-détermination des personnes devraient concerner également la gestion des programmes de réhabilitation auxquels elles participent. L’auto-détermination implique également que la personne soit pleinement informée sur sa maladie, ses conséquences et sur les possibilités de traitement.

4ème principe : La normalisation (Normalization)

Il s’agit de permettre aux personnes souffrant de maladie mentale de vivre et de fonctionner dans les mêmes lieux que les autres (logements, loisirs, éducation, travail) ou en tout cas dans les lieux les moins restrictifs possibles. Ce principe s’oppose à la ségrégation. L’objectif idéal de la réhabilitation psychosociale est une vie indépendante dans la communauté avec le minimum de soutien professionnel. 

5ème principe : L’individualisation des besoins et des services (Differential Needs and Care)

Chaque personne a des besoins propres. En conséquence, le processus de réhabilitation doit être individualisé pour ce qui est des services, de leur durée, de leur fréquence, etc. C’est du sur-mesure et non pas une action globalisante pour l’ensemble des patients au long court.

6ème principe : L’engagement des intervenants (Commitment of Staff)

Engagement personnel des intervenants qui sont soucieux du bien-être de la personne et qui ont foi dans ses capacités de progresser. Les intervenants prennent l’initiative de garder le contact avec les personnes (coup de téléphone, visite à domicile) pour limiter les abandons et montrer qu’ils se soucient d’elles.

7ème principe : La déprofessionnalisation de la relation d’aide (Deprofessionnalization of Service)

Les intervenants ne doivent pas se cacher derrière une couverture professionnelle. Les barrières artificielles doivent être enlevées. L’élément humain de la personne de l’intervenant est crucial dans le processus de réhabilitation. De même les intervenants doivent appréhender la personne comme un être humain avec toutes ses dimensions plutôt que sous l’angle d’un seul type de service. Une attitude de « neutralité » ne convient pas. L’intervenant répond, de façon positive ou négative, à ce que la personne dit ou fait, même au sujet de problèmes non-thérapeutiques.

8ème principe : Intervenir précocement (Early Intervention)

Il est essentiel d’intervenir le plus précocement possible dès les premiers signes avant-coureurs de rechute ou de dysfonctionnement. Le but est d’éviter les rechutes et les réhospitalisations et de préserver les acquis en compétences et en liens sociaux (travail, logement, contacts sociaux,…).

9ème principe : Structurer l’environnement immédiat (Environnemental Approach)

Les interventions doivent viser à structurer l’environnement immédiat de la personne (la famille, réseau social, milieu de vie, de travail,…) pour qu’elle puisse en obtenir un maximum de soutien.

10ème principe : Changer l’environnement plus large (Changing the Environment)

Une partie des interventions doit viser à changer l’environnement plus large de la personne, c’est-à-dire les attitudes et les modes de fonctionnement d’une société qui peuvent nuire à l’adaptation de personnes souffrant de maladie mentale sévère (informer le public, modifier les services médicaux, les structures d’accueil,…).

11ème principe : Pas de limite à la participation (No limits on participation)

La réhabilitation psychosociale est un processus continue qui nécessite continuité des soins et du soutien et qui doit être constamment revu en fonction de l’évolution. Il importe de ne pas suspendre les services de réhabilitation en cas d’hospitalisation. S’il n’y a pas de limite de temps, il convient aussi de mettre le moins possible de critères de sélection pour l’entrée dans un programme.

12ème principe : La valeur du travail (Work-Centered Process)

La Réhabilitation Psychiatrique soutient la conviction que le travail, et spécialement l’opportunité d’aspirer et de se réaliser dans un emploi rémunéré, est un besoin et une force d’intégration pour tout être humain. Il faut garder une foi dans le potentiel de productivité des personnes même lourdement handicapée par la maladie mentale. Il s’agit d’envisager un travail intégré dans la réalité sociale, pas forcément un emploi temps plein, mais des emplois souples, diversifiés tout en restant compatibles avec les besoins des employeurs.

13ème principe : Priorité au social par rapport au médical (Social Rather Than Medical Supremacy)

Il s’agit de dépasser le modèle médical traditionnel: maladie, diagnostic, réduction des symptômes par les médicaments, le savoir médical qui sait ce qui est juste pour le patient, etc, pour favoriser une approche globale de la personne centrée sur son autodétermination, sur ses capacités, sur l’apprentissage d’habiletés, sur la mobilisation de son environnement social propre. Dans cette dynamique, le médical doit pouvoir s’effacer tout en restant disponible, pour laisser la place à d’autres acteurs sociaux.

Ces grands principes de la Réhabilitation Psychosociale sont pour nous qui travaillons en psychiatrie une invitation à sortir d’un modèle médical étroit et à nous ouvrir à un réel partenariat avec le patient, son entourage direct et l’ensemble des ressources professionnelles et non-professionnelles de son environnement.

Source: http://www.club-association.ch/rehab/article_16.htm