« Lettre au recours chimique » – Christophe Esnault

Si nous ne sommes pas habitués à parler de poésie sur Comme des fous, cette fois nous avons choisis de vous parler d’un livre assez particulier. L’auteur, Christophe Esnault, nous livre là un ouvrage intellectuellement percutant, humainement virulent, et psychiquement chahutant. Et si nous avons reculé à le lire, car la poésie de personnes concernées touche souvent à l’art-thérapie douteux, nous avons été conquis.

En contrepied des expositions de poèmes de « patients » fait dans des brochures par et pour les soignants, ce livre est une démarche autonome et indépendante qui touche réellement à l’art. « Lettres au recours chimique » nous rappelle que la camisole dématérialisée des laboratoires pharmaceutiques peut nous faire perdre cette créativité, cette imagination et cette intellectualité brillante que peuvent développer et travailler les personnes un peu folles.

Déclarant faire face à la dysphorie, l’auteur nous plonge dans les méandres d’une forme profonde de mélancolie avec réalité et profondeur mais toujours avec pudeur. Et si, il apparait toujours nécessaire d’intellectualiser la folie pour qu’elle soit respectée, Christophe Esnault réalise ce tour de force à merveille.

Loin d’être critiques de poésie, nous avons été touchés par un écrit fort et vrai, par des mots parfaitement trouvés. Critique d’une forme de pathologisation de la souffrance psychique, l’auteur tente de nous extirper de la confrontation pour outiller à une autre forme de vie peut être génératrice de mieux-être dans un environnement psychiatrique toujours aussi sourd et fermé à l’imagination et à la parole de ceux qu’elle suit, encadre et enferme.

Merci pour ces mots savamment trouvé sur cette réalité de la lutte en univers psychiatrique.

Enfin, un club des travailleurs Pairs : Pairiscoop

Pairiscoop le Club va bientôt naitre. Avec cinq fondateurs en lien avec le travail pair depuis de nombreuses années, l’initiative vise à faire du commun dans le travail pair. Portée par Alain Karinthi, Jean-Marc Legagneux, Céline Letailleur, Agathe Martin et Iannis McCluskey, l’association Pairiscoop le Club va mettre en lien les travailleurs pairs du pays à travers une plateforme web et va les rendre visible par un annuaire en ligne à destination des professionnels intéressés par leurs interventions.

Aujourd’hui, nous rencontrons Alain et Agathe qui nous parlent de Pairiscoop le Club.

Q : Qu’est-ce que le club Pairiscoop ?

R : Le club Pairiscoop c’est la mise à disposition d’outils numériques pour une coopération des travailleurs pairs en France. Nous sommes partis du constat que le travail pair manquait d’un espace d’échange autour de la profession et qu’il était urgent de fédérer nos actions pour avoir à la fois des libertés nouvelles et des marges de manœuvre dans les institutions. Cela passe par une réflexion commune sur notre métier et sur des actions collectives. Véritable vivier des travailleurs pairs du pays, Pairiscoop veut leur donner visibilité et possibilité d’actions communes. Sans intervenir, Pairisicoop le Club, met à disposition des outils et laisse ses membres s’en saisir.

Q : A quoi répond Pairiscoop ?

R : Il est de coutume de dire que les travailleurs pairs sont isolés et seuls dans leur coin sans appuis et sans échanges avec leur pairs. Et ce constat, nous le trouvons assez réel et souhaitons répondre à ce besoin de coopération. Que ce soit la coopération par de l’échange autour des pratiques, des positions ou de la vie de travailleur pair, que ce soit la coopération active sur des prestations communes, le Club Pairiscoop, cherche à créer une communauté des travailleurs pairs pour que plus personne ne reste isolé dans sa pratique. Il vise également l’insertion des nouveaux travailleurs pairs dans une communauté plus large.

Q : Concrètement, comment ça fonctionne ?

R : Le Club Pairiscoop va mettre à disposition de ses membres (tous les travailleurs pairs ou aspirants) une suite bureautique professionnelle sur le web qui favorisera les échanges et pourra permettre de la mise en commun, du partage et le développement d’actions communes.

En plus, le Club Pairiscoop va créer un annuaire de ses membres qui servira de vitrine pour eux de façon à les présenter à d’éventuels partenaires pour des missions ou de l’emploi. Une section d’offres d’emploi de travailleurs pairs et une section documentation recensant les travaux et ressources académiques, scolaires et professionnelles produites par les pairs.

Q : Alors, comment les pairs peuvent-ils vous contacter pour devenir membres ?

R : C’est très simple, les travailleurs pairs ou aspirants, voulant être membres de Pairiscoop le Club peuvent nous contacter à contact@pairiscoop.fr

Stop Loi Psychophobie Globale

Dans une étude du Lancet réalisée pour l’OMS nous rappelle que 24% des personnes souffrant de troubles psychiques ont été victimes de violence dans l’année précédente. Qui ne se rappelle pas de ces faits divers sordides de maltraitance de personnes handicapé, de séquestration et d’abus sur elles. Que dire de la maltraitance institutionnelle de l’hôpital psychiatrique ? Comment ne pas voir dans ces personnes des cibles de la violence des rues que le gouvernement et les médias nous déclarent régulièrement croissante. 

Et pourtant, là est la surprise, les pouvoirs publics ne veulent pas créer ce qui est fait en termes de prévention, d’écoute et d’assistance pour les femmes victimes de violence, ou les enfants. Il existe même des lignes d’écoute pour les auteurs de crimes sexuels. Mais non, nos pauvres fous resteront la cible de toutes les violences de rue. Les malades ne seront pas aidés pour s’en prémunir. Non, nous dit par les actes le gouvernement. 

Nous, les fous, nous serons fichés au nom de la sécurité intérieure. Traités uniquement sur le volet de la violence perpétrée parfois, jamais sur le plan des violences subies, les personnes concernées par des troubles psychiques restent une menace à juguler pour un pouvoir psychophobe. Une menace sur les bons travailleurs qu’il faut protéger de trublions qui, rappellent par leur existence même de déviants, de personnes transformées par les traumatismes, de résistants biologiques à la violence de ce monde que la société semble tout de même aller mal. 

Alors, je me pose une question. Les survivants du 13 novembre, pour certains suivis en psychiatrie, sont-ils eux aussi fichés ? Ne se trompe-t-on pas là de cible pour cette loi sécurité globale ? La psychiatrie à approche globale et le DSM ont-ils tellement tout psychiatrisé que victimes et bourreaux se retrouvent fichés ? 

Les survivants (de la violence) de la psychiatrie que nous sommes, doivent-ils réellement se retrouver encore une fois stigmatisés, ciblés par un pouvoir qui veut les mettre sous le tapis et les criminaliser ? 

A quand des questionnements sérieux sur la santé mentale plutôt que des relégations au ban de la société comme c’est le cas depuis toujours. Ces malades réintégrés dans la cité y ont-ils finalement une place ou se contente-t-on de limiter les dégâts sociaux qu’ils pourraient générer ? 

Non, ce n’est pas surveiller les psychotiques qui vous sauvera d’eux, c’est bien dépasser votre psychophobie. C’est aussi leur porter secours. Les liens entre violence subie et perpétrée doivent être sérieusement étudiés et la société se doit d’y répondre pour ne pas réserver aux fous une relégation digne des détenus et ex-détenus. 

Criminaliser la folie, c’est comme avec toute violence, la mettre au ban sans la comprendre, juste en l’excluant de la société pour l’étouffer. Déjà dans le domaine criminel cette stratégie punitive ne paye pas et on commence à s’en rendre compte. Mais dans le cas d’une résistance structurelle de la personne face à la violence du monde qui l’entoure, la folie, comment nos sociétés entendent-elle faire face à cette déviance biologique dont nous ne sommes pas coupables et qui, est peut-être même déjà le fruit d’une violence sociale endémique ?

Ce sont les raisons pour lesquelles Comme des fous rejoint aujourd’hui le collectif Stop Loi Sécurité Globale ! Pour une cohérence sur la question de la violence et des troubles psychiques ! Nous, les fous, sommes la conséquence de violences ! Nous, les fous, sommes des cibles potentielles de violence ! Nous, les fous, faisons face à une psychophobie rampante ! Nous, les fous, refusons le même traitement inefficace que celui imposé aux criminels ! 

Agathe pour Comme des fous

https://stoploisecuriteglobale.fr/

Brochure d’un collectif autogéré marseillais !

Un petite brochure de la part d’un collectif informel et autogéré de Marseille, sur l’importance d’un rétablissement dont les personne s concernés sont au centre du processus décisionnaire car ce seront elles seules qui savent ce qui est bon pour elles. 


De nombreux exemples d’abus du corps soignant y sont abordés, et montrent bien que l’on en a pas fini avec les préjugés, les mauvais traitements, et la dévaluation des personnes avec des difficultés psychiatrique. 


Nous ne voulons pas fustiger de manière globale l’hôpital publique, car il y a de nombreux soignant.e.s très compétents, mais pointer de manière plus général les dérives d’un système qui, dans son fonctionnement, le rend malhabile et délétère.


Cette brochure part d’un entretien par mail entre deux personnes du collectif. Il a été corrigé, adapté, augmenté afin de le rendre plus lisible.

La douleur [Autiste invisible]

Je tremble. Comme souvent, avec ces médicaments. Je tremble et je bois du café, plus qu’à l’ordinaire. Mais qu’est-ce qui est encore ordinaire ? Mon espoir tient en quatre molécules, six comprimés, deux prises par jour, tous les jours, week-end compris. Que serais-je sans mes médocs, mes béquilles de vie, mes compagnons de route ? Est-ce que j’en aurai besoin toute ma vie durant ?

Je tremble. Comme souvent, avec ces médicaments. Je tremble et je bois du café, plus qu’à l’ordinaire. Mais qu’est-ce qui est encore ordinaire, en ces temps troublés, secoués par des tempêtes internes et externes ? Est-ce que j’ai de l’espoir pour moi, pour l’être humain dans sa globalité ? J’en sais rien, je ne me pose plus la question. Se poser, s’arrêter d’avancer pour se poser la question de l’espoir, c’est déjà amorcer une rechute, me semble-t-il. Je n’ai pas le luxe de pouvoir me permettre une pause dans mon avancée, comme le font parfois les personnes saines d’esprit. Enfin, saines d’esprit. Pas malades, disons. Voilà, pas malades, tandis que moi je le suis et depuis un bon bout de temps. Alors, qu’est-ce que l’espoir ? Une attente de lendemains meilleurs ? Si c’est ça, je n’en veux pas. Je refuse de m’engoncer dans une position d’attente, dans une forme de passivité alors que désormais et depuis peu, je suis à même d’avancer. Alors attendre et espérer, très peu pour moi. La vie n’ayant pas de sens, si je m’arrête, je m’effondre. Dès lors, je n’ai strictement aucun intérêt à ralentir le rythme simplement pour « espérer » des jours meilleurs, attendre le retour du chant des oiseaux et d’un ensoleillement plus long. Au contraire, je prends chaque saison comme elle vient, avec son lot de nuit et d’ennui, ou de luminosité et de vitalité.

Ça va probablement sembler contradictoire, mais j’aimerais bien que le temps s’arrête. Là, maintenant, avec vous, ou bien dans une heure ou deux. Que je conserve les acquis dont je bénéficie en ce moment, de peur qu’ils ne s’enfuient. Mes capacités cognitives en partie retrouvées, la faim qui est à nouveau équilibrée, l’humeur qui est stable et mon chat qui m’aime comme un enfant quand on se fait un câlin d ‘enfer. J’aimerais que tout ça ne disparaisse jamais. Si je résume, j’en suis à espérer ne pas perdre ce que j’ai. Alors attendre que d’autres choses ou personnes entrent dans m vie pour la chambouler, très peu pour moi, non merci. Je préfère me contenter de ce dont je dispose présentement et qui m’a longtemps fait défaut : un sentiment d’amour, me sentir digne, moins de questions qui tournent en boucle dans ma tête et plus de légèreté, malgré les 20 kg de plus. Bref, l’envie de vivre. Il aura quand même fallu que j’attende 30 ans pour découvrir cette sensation. Croyez-moi, c’est long, et c’est un euphémisme que de dire que je me lasse vite.

Alors, que me restait-il dans ces moments d’hiver, où le froid m’envahissait toute entière et l’incompréhension dominait mes pensées ? Il me restait un trop plein d’espoir, justement. Espoir que tout s’arrangerait comme par miracle, qu’un mec entrerait dans ma vie sans crier gare, que je serais alors une autre, moins angoissée, plus belle et surtout plus cool. Avec le recul, je prends conscience que j’ai passé mon enfance et le début de ma vie d’adulte à attendre un miracle à la con et à me détester. Pas étonnant que je change souvent de coupe ou de couleur de cheveux, car fréquemment, je n’en peux plus de ma gueule. Bon, c’est aussi un pied de nez envers les conventions qu’on tente de nous imposer, c’est vrai. Mais en terme de rébellion, on a quand même fait plus radical et engagé que d’aller chez le coiffeur et de ressortir irrémédiablement déçue. Mais qu’est-ce que je n’aime pas chez moi, bordel ? J’ai passé 29 ans à osciller entre le rêve d’être une autre, consensuelle, et l’envie de m’affirmer.

Pour moi, l’espoir est quelque chose de vain, d’idéaliste et d’irréalisable. L’espoir c’est quand, bourrée de TOC, au collège ou au lycée, je rêvais de déménager, ou plutôt de mourir, pour qu’au moins une fois, une seule fois, mes camarades me témoignent un brin de compassion. Je voulais les voir chialer et me regretter, parce qu’on ne peut pas vraiment dire que j’attirais les foules ou que je savais me faire des amis. J’ai passé le plus clair de mon enfance protégée dans ma bulle mais souffrant de la solitude. C’est un sentiment que je ne souhaite à personne : se voir comme un extra-terrestre, se croire adoptée, ne pas faire partie de la même espèce que mes congénères. Et tenter de s’adapter à un univers de lois et de règles incompréhensibles. J’ai plutôt réussi, de manière générale, mais ça m’a demandé tellement d’énergie.

L’espoir, c’est croire que je pourrais être une autre, sans handicap, sans autisme. Tiens, mon stylo me lâche au moment où je dois écrire « autisme », probablement le mot et le mal crucial de ce texte. Avec Alex, un ami lui aussi autiste, on s’est déjà demandé si on accepterait de se faire injecter un vaccin qui nous guérirait de notre état et nous ferait être comme tout le monde, à la manière des mutants dans X-Men qui se font injecter le sérum pour devenir de simples humains. Je n’en sais rien, je n’ai pas tranché la question. Alex, lui, était totalement pour. Pourquoi ? Parce qu’il a trop souffert et qu’il en chie encore beaucoup trop. Moi je n’en sais rien mais l’espoir me semble être comme cette attente interminable qu’un vaccin voie le jour pour soigner une pathologie qui n’en est pas une et que j’aimerais que la société accepte. Alors non, je ne me tape pas la tête contre les murs et oui, je sais parler. Mais la comparaison avec une personne lambda – les neurotypiques, comme on aime vous appeler – s’arrête là. Pour le reste, je me sens tellement différente. Et c’est ça pour moi, l’attente, l’espoir : une injonction à devenir une autre, à quitter ma peau pour rentrer dans le rang. Ces dix dernières années, j’ai fourni tellement d’efforts pour tenter de ressembler à tout le monde que j’ai oublié qu’il me fallait aussi de l’énergie pour demeurer en vie. Alex, lui, souffre surtout du fait que son trouble se voit beaucoup plus que le mien.

On s’est bien trouvés, tous les deux. Au début, quand on s’est rencontré, on ne se supportait pas. Lui trouvait que je n’avais rien d’une autiste et usurpais la place de quelqu’un d’autre à l’hôpital, moi je ne comprenais pas qu’il ne fasse pas plus d’efforts pour cacher ses stéréotypies et tout ce qui pouvait se voir et le rattacher à l’étiquette « autiste ». Finalement, on s’est compris et beaucoup apprécié. Mais Alex s’apprête à nous quitter. C’est son choix.

L’espoir consisterait, dans la présente situation, à tout faire pour qu’il change d’avis, qu’il revienne sur sa décision. Sauf que tout ce que je peux faire pour mon ami, c’est lui souhaiter une bonne traversée du Styx et lui demander de m’attendre pour qu’on se retrouve dans quelques décennies. Lui a décidé de se suicider parce qu’il n’en peut plus et je le comprends. Alors ne vous dites jamais qu’on fait semblant, qu’on pourrait faire des efforts, qu’on exagère. Votre espoir de nous voir changer nous étouffe, nous bride. Notre espoir, c’est qu’un jour, seulement un jour, vous compreniez la douleur qui a été ou est la nôtre. Alex va me manquer.

autisteinvisible@gmail.com

Marius Jauffret : chronique de la psychiatrie ordinaire

Pour qui a déjà mis les pieds dans un hôpital psychiatrique, le récit de Marius Jauffret est une véritable madeleine de Proust. Mais là, pas de grand-mère, pas d’évocation poétique mais bien le gâteau rassis des goûters servis à 16h30 dans les réfectoires sordides et malodorants du GHU parisien. Peut-être aussi les effluves de cigarettes mal fumées, ou trop fumées, l’odeur latente et persistante entre la maison de retraite et la prison, tout ce qui pour le fou lui rappelle qu’il l’est et que son statut social de marginal est bel et bien ancré dans la pierre. 

Marius nous livre ici un succédané de vie hospitalière parisienne, dans un univers où malheur à nous son rôle et tous les rôles des autres internés ont déjà été joués et le seront à nouveau. Véritables idéaux-types de la psychiatrie locale, les protagonistes nous rappellent ce que le mot déchu signifie. Chacun dans leur propre univers, peinant à rejoindre celui de l’autre même quelque temps. 

Le matériel devient le lien entre ces radeaux échoués. Radeaux parce que fragiles. Échoués parce que internés, les hommes et les femmes de cette fresque psychiatrique nous renvoient à ces hospitalisations passées. Et l’on voit qu’on change de rôle. On passe du jeune premier hospitalisé qui sort vite au patient médian comme Marius qui attend, des fois en ayant presque recouvert tous ses esprits ; pour arriver au vieux briscard connaisseur des rouages de l’administration psychiatrique. 

Ce récit est important. Il est de l’art car bien écrit, bien senti, il est aussi une immersion, une image fidèle au réel. Un réel de la psychiatrie trop peu décrit par les médias ou par l’artiste. Si aujourd’hui nous souhaitons changer les regards sur la folie, l’écrit de Marius est important. Il permet une fidèle description de la psychiatrie telle qu’elle se vit pour la plupart, loin des UMD de C8, loin des tueurs psychopathes et finalement assez peu psychotiques des séries de TF1, et près de la folie ordinaire, celle de Ste-Anne, de ses hôpitaux de jour et centre de réinsertion par le travail… Et nous croyons que l’image du fou et de la psychiatrie ne se changera que par la retranscription fidèle d’une réalité trop souvent ignorée et surtout mal connue et fantasmée.

Le Fumoir, Marius Jauffret, éditions Anne Carrière, 2020

http://www.anne-carriere.fr/ouvrage_le-fumoir-marius-jauffret-410.html

Témoignages pour la Compagnie Vox

La compagnie VOX recherche des témoignages :

Nous cherchons dès aujourd’hui des témoignages, sous formes d’interviews, de tout type de personnes, afin de recueillir leurs expériences, leurs visions sur le monde et leurs façons de percevoir la réalité.

À partir de ces témoignages, la création a pour but de proposer une immersion chronologique dans l’esprit d’un être humain et sa manière de façonner sa réalité et perception du monde.

Autour de cette matière brute, nous réunissons une équipe d’artistes susceptibles de traduire ce discours sous la forme d’un tableau pluri-disciplinaire qui fera ainsi partie intégrante du spectacle en création.

Nous recherchons donc, afin de réaliser nos premiers tests d’interviews, des personnes volontaires pour répondre à une série de questions d’environ 45 min, filmée et enregistrée.

Si vous êtes intéressés, merci d’écrire à cette adresse mail :

À l’attention de Karine Lewitz – voxassociation@gmail.com 

Tous concernés [Maya]

Dans le cadre du Concours Santé Mentale – Tous Concernés, nous avons le plaisir de vous présenter la sélection du jury. Les 15 vidéos retenues ont ainsi la chance de remporter l’un des trois prix du jury. En plus des prix du jury, nous avons décidé de lancer également un prix du public. La vidéo, qui jusqu’au 10.10. à 22h aura le plus de likes ici sur Youtube, gagnera une caméra Go Pro! Rejoignez-nous le 10 octobre à 20h sur DOK TV, RTL.lu ou www.semainesantementale.lu pour suivre en direct l’annonce des vainqueurs! Nous souhaitons bonne chance à tous les participants et nous vous remercions déjà pour la précieuse contribution qu’ils ont tous apportée à la santé mentale.

Le fou, héros malgré lui de la résistance

Si certains refusent de percevoir l’allocation adulte handicapé (dite AAH), parce qu’elle les assimile aux fous, parce qu’elle les assigne au statut social de « COTO », parce qu’elle est aussi stigmatisante, parce qu’elle est une étiquette dont on se défait difficilement, parce qu’elle semble donner en quelque sorte le métier de psychiatrisé ; il me semble qu’elle peut être vue aussi comme une opportunité de résistance à cette lourde machine qu’est l’administration psychiatrique.

Percevoir, l’AAH c’est sortir d’une forme de normalité rassurante, c’est peut-être pour certains se résigner à faire partie de ce monde. Parce que l’AAH nous place sur le bord de la route, peut-être qu’elle exclu quelque part. Mais elle est aussi l’opportunité d’une autre vie. Elle permet une autonomie, une sortie d’un diktat du travail. Elle rend possible une vie parallèle, en marge mais néanmoins, elle libère du travail. Et si l’évolution de chaque personne qui la perçoit, la victoire réelle des mouvements d’usagers passe aussi et surtout par l’intégration pleine et entière des fous dans la société en tant que citoyens pleins et entiers, en tant que personne admise dans sa différence, le chemin semble encore long. D’autant plus long qu’une part des personnes concernées par des troubles psychiques (de tous ordres) restent dans la difficulté quand il s’agit de travailler comme tout un chacun.

Alors oui, intégrer les fous dans la cité constitue un enjeu majeur pour les mouvements d’usagers et les avancées demandées à nos sociétés, mais cela parait compliqué. Je crois impossible de passer par le travail et le salariat pour faire avancer les causes liées à la psychiatrie et à la folie. Gagner sur ce terrain me parait une stratégie dangereuse pour nous, très dangereuse pour l’image de la folie et pernicieuse politiquement. Il est dangereux de croire que le travail est accessible au plus grand nombre et dangereux de nous salir l’image déjà terne de la folie par des échecs dans un monde du travail devenu d’une violence fatale pour certains hypersensibles. Ce travail déjà toxique pour les non-psychiatrisés, déjà nocif humainement ne me parait pas être un moyen de faire avancer les regards à une échelle large. Peut-être que certains d’entre nous y parviennent et c’est tant mieux. Mais il s’agit là d’une part des personnes concernées et non leur totalité. Grand est le risque d’en laisser sur le bas côté, grand est le risque d’échec global d’une stratégie d’assimilation du fou ou de la folle par le travail salarié ordinaire.

Le monde du travail et faire entrer les « patients » dans l’entreprise et/ou le salariat me parait une stratégie de moyen de déstigmatisation et d’acceptation de nos personnes dans nos différences totalement vouée à l’échec. Et si le travail constitue un but en soi, un objectif pour l’intégration des personnes, alors là, nous avons perdu le sens politique de notre combat et de notre lutte pour les droits. La place dans la cité, dans le monde, dans la vie commune ne doit pas passer par une intégration professionnelle même si elle fait rêver certains. La société doit accepter le fou dans sa différence, dans son incapacité parfois à se conformer aux normes établies et le travail en fait partie. Révélateur des défaillances à intégrer de nos systèmes basés sur l’économie, le fou rappelle par son essence la part de vivant, d’aléatoire de nos êtres et tend à dessiner les limites du possible, de l’admissible sur l’être humain. Oppressé, l’homme résiste face aux systèmes capitalistico-inhumain qu’on nous propose, qu’on nous impose. Il est l’archétype de l’homme résistant, celui qui sans se dresser en résistance dessine les limites de l’inhumanité de ce monde. Et plus, qu’en sera-t-il si le fou, non seulement par sa forme de résistant naturel et natif de nos systèmes politiques, se dresse volontairement et assume son statut de trublion. Peut-être soulèverait-il les montagnes de la dénonciation d’un système qui finalement rend fou, les fous et les autres. Héros malgré lui d’une résistance à l’inhumanité de nos mondes.

Et si en systémique familiale on dit que le fou se fabrique pour répondre au fonctionnement d’un système où il s’intègre avec une spécificité pathologique en sorte que le système familial continue de fonctionner. S’il se désigne fou de lui-même inconsciemment pour permettre au système de perdurer. Est-il possible de penser que le groupe social des fous soit une réponse sociale à un fonctionnement particulier de la société et qu’il puisse être considéré comme un rouage essentiel au sociétal, un élément qui puisse rendre compte des failles du mécanisme global de ce monde.